Son histoire

A Grièges

Extrait de l'ouvrage édité au profit de l'association "sauvegarde et restauration de la chapelle St Gengoult"

Texte de Gabriel DRUGUET, membre de l'association " histoire et patrimoine du canton de Pont de Veyle

toute reproduction ou copie est interdite

 

 

Paroisse de Chillia de son premier nom, précédent Grecio en 1015, Gregium en 1272 puis Grièges depuis 1656. La grande veyle, le bief d'Avanon, en formaient les limites nord et sud, la Saône à l'ouest, à l'Est les communes de Pont de Veyle, Laiz, et Cruzilles les Mépillats. Elle s'étendait sur 2 465 hectares. Au centre de ce territoire, son bourg, devenu l'actuel hameau du vieux bourg. Quelques maisons, une petite église des IVéme et Véme siècle dont il ne reste ni trace ni écrit, un très ancien cimetière découvert en 1991, bien distinct de celui qui entourait l'église paroissiale; la petite chapelle faisait voisinage avec ce maigre ensemble.

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Situées à 50m au nord de l'église paroissiale, ses origines et sa raison d'être restent inconnues. Aucun texte ne relate ces faits, malgré tout mineurs et lointains. Hypothèses, interprétations, ont au fil des années épuisé le sujet sans en apporter d'éclaircissement.

La population du village aurait elle augmenté? L'église paroissiale devenue trop étroite pour accueillir tous les fidèles, on aurait alors édifié à proximité la chapelle, pour suppléer au manque de place. Mais comment célébrer le culte avec une assistance partagée! L'histoire montre que pendant cette période les populations sont restées stables, quand elles n'ont pas régressé, et qu'il faille attendre le XIIéme siècle pour en connaître une augmentation.

Des migrants auraient ils été transplantés ici sur ordre de Charlemagne? A la fin de son règne l'empereur avait toujours des difficultés avec les populations de l'Est de son royaume. Pour se les soumettre et briser leurs élans rebelles, il en aurait transporté en Gaule, notamment en Bourgogne, particulièrement dans les vallées de la Grosne et de la Saône, pour celle-ci au Sud-Est de Mâcon. Tel est du moins la version qu'en fournit M. de Larochette dans son "histoire de Evêques de Mâcon". On pense la justifier, par des restes de tradition germanique, de noms patronymiques de même origine qui se seraient conservés dans la région. C'est oublier les invasions du Véme siècle de ces mêmes peuplades, des Burgondes et des Hongrois qui ont déferlé sur nos régions et y ont laissé leurs empreintes.

Si transplantation il y eut, ces groupes humains connaissent-ils St Gengoult dont le culte s'était très tôt répandu dans les régions du nord et de l'Est de l'Europe?

Ces migrants auraient alors construit la chapelle comme lieu de rassemblement et de dévotions. Afin de faciliter l'insertion de ces nouveaux arrivants, l'Eglise avait tout intérêt à leur laisser coutumes et traditions.

Rien n'est certain, si les raisons supposées ont une part de vérité, la légende, dut probablement s'en tailler la plus belle.

Destination de la chapelle

Notre chapelle eut plusieurs destinations: le culte de St Gengoult, puis à Notre-Dame de la pitié, un moment elle fut église paroissiale et même maison communale.

Depuis toujours St Gengoult y est honoré, particulièrement le 11 mai jour de sa fête. On y venait en pèlerinage des paroisses voisines et de régions plus éloignées. Ce jour là le sanctuaire ne désemplissait pas de fidèles, souvent accompagnés de leur pasteur, qui célébrait l'office à leurs intentions. 

Cette fête est toujours célébrée et rassemble encore une belle assistance.

Quant au culte envers Notre-Dame de Pitié, il aurait été introduit au XIéme siècle. La paroisse de Grièges était de la juridiction épiscopale de Lyon.

L'Archevêque d'alors Pierre de Savoie, qui avait grande dévotion à la Vierge, se préoccupait d'en développer le culte. Vers 1320 il aurait favorisé et aidé son installation chez nous.

La statue de St Gengoult était sur un autel dans le haut de la nef, face à la petite porte d'entrée. Tel le confirme, le procès verbal d'une visite faite en 1656 par Mgr de Neuville archevêque de Lyon.

Le seul culte à St Gengoult ne saurait justifier pareille réalisation. Certes la voûte du chœur est du XVéme siècle, mais rien n'empêchait avant sa construction, d'y installer l'important statuaire élevé à Notre-Dame de Pitié et dont M. Sornay fait description dans son livre "Souvenirs religieux de Grièges"

Des relations ci dessus ont peut penser, que le chœur de la chapelle, entièrement destiné au culte de Notre-Dame de Pitié paraît à l'évidence avoir été construit pour ce motif. St Gengoult occupe le haut de la nef.

Cette disposition ne peut surprendre car aux yeux de l'Eglise, le culte de la Vierge était plus important que la dévotion à ce saint aux vertus et mérites certains, mais à la destinée cruelle.

 

La chapelle fut aussi utilisée comme église paroissiale. E, 1484 lors d'une visite pastorale, l'archevêque de Lyon dans une note laissée à son passage, écrivait: "elle n'a jamais été ni la première ni la principale église, elle a pu être un moment paroissiale". Ce fut probablement pendant la construction , au XIIéme siècle de l'église qui devait perdurer jusqu'en 1860, et bâtie sur l'emplacement du premier édifice datant du IVéme ou du Véme siècle.

Elle fut même un moment maison commune.

Utilisation de la chapelle

LA célébration des fêtes, neuvaines et autres offices lors des pèlerinages, particulièrement celui du 11 mai, jour anniversaire de la mort de St Gengoult, étaient les principales raisons de l'utilisation de la chapelle.

Elle fut aussi un lieu de rassemblement des fidèles de Grièges qui venaient en grand nombre, implorer le ciel et demander par l'intercession de leur saint patron, la fin des malheurs et des cataclysmes qui les accablaient.

En 1803 une invasion de sauterelles dévasta la commune et ravagea toutes les cultures. Tout fut mis en œuvre pour se débarrasser de ces bestioles. A l'aide de branchages on les dirigea vers de grands bûchers pour les incendier. On fit des prières et des processions jusqu'au Port de By. Mais un débordement inattendu de la Saône en délivra le pays.

En 1840 lors des grandes inondations qui firent s'écrouler à Grièges 106 maisons, la désolation était extrême, les paroissiens s'y réunissaient en prière pour demander la fin des pluies incessantes, cause de la montée des eaux.

Comme la plupart des églises et chapelles, elle fut utilisées comme lieu de sépulture. Par mesure d'hygiène et de salubrité publique la loi du 12 juin 1804 interdit les inhumations dans les églises, temples, chapelles et autres lieux clos où les citoyens se réunissent pour la célébration de leur culte.

Avant la publication de cette loi il etait fréquent que quelques personnages importants s'y fassent inhumer. Dans la chapelle St Gengoult de Grièges, les registres paroissiaux font mention des ensevelissements suivants:

1482, M. Bouillars Antoine, curé du chapitre de Fourvière

le 12 septembre 1720 demoiselle Denise Chyret, 60 ans femme de Jean Perraud

le 27 septembre 1727 sieur Jean Perraud 75 ans notaire royal

On y célébra des mariages.

 

Ni musée, ni salle d'exposition, la chapelle accueille cependant en ses murs différents objets qui font revivre le passé de la paroisse, ou rappellent des évènements douloureux.

 

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